La fragmentation des textes, les citations, les gloses ou les annotations (avec 'scholia', 'marginalia', 'loci similes') représentent des modalités bien documentées qui ont servi à mémoriser des passages littéraires. Ces procédés étaient très utiles aussi pour créer des maximes. En particulier, les gloses et citations commentant des ouvrages grâce à la fragmentation de passages plus ou moins longs tirés d’auteurs différents prenaient la valeur de maximes même si transcrites de façon anonyme. Ce procédé rendait emphatique le signifié des concepts que les gloses mettaient en relief. En même temps, il transformait les fragments en formules proverbiales, d’autant plus si les passages utilisés étaient déjà chargés d’une longue vie de tradition. Le procédé donnait également vie à des genres littéraires nouveaux et à des ouvrages qui avaient pour titres les noms même que les anciens érudits attribuaient à ce genre de publication. La culture latine a servi peut-être plus que les autres à cette finalité. Ses lexiques et ses dictionnaires pouvaient être intégrés dans ce genre (sous des formes différentes, bien sûr, et avec des finalités propres). Le fait que l’on réimprimait continuellement les anciens qui, à leur tour, avaient écrit des recueils d’apophtegmes a également beaucoup joué. Grâce à leur utilité pratique, ces recueils ont petit à petit pris position à l’intérieur des genres littéraires les plus variés (poésie épique, lyrique ou satirique, théâtre comique ou tragique, romans et nouvelles, lettres, traités didactiques, controverses politiques ou religieuses, etc.). Cet article est consacré aux gloses survécues dans certaines copies de l’ 'editio princeps' du 'De reditu suo' de Rutilius Namatianus (Bologne, 1520), qui servent pour mieux exemplifier le procédé et pour montrer que les catégories esthétiques les plus opérantes pour caractériser le genre sont les catégories anciennes, en particulier la 'brevitas', la 'varietas', la 'copia', la 'concinnitas', l’ 'auctoritas' et l’ 'imitatio'. Leurs auteurs sont des humanistes anonymes qui ont accompagné le texte rutilien de vers appartenant à d’autres ouvrages latins qui leur ont paru très semblables aux concepts exprimés par Rutilius. Ils n’ont signalé ni les titres des ouvrages utilisés ni les noms de leurs auteurs parce qu’il s’agissait de vers très connus et qui avaient déjà une longue vie de tradition. La fragmentation anonyme montre que les citations étaient considérées comme des idées de valeur universelle, même quand les glossateurs ont réduit ces citations en hémistiches

Antiquité et modernité des formules sentencieuses. L’exemple de Rutilius Namatianus

MARANINI, ANNA
2011

Abstract

La fragmentation des textes, les citations, les gloses ou les annotations (avec 'scholia', 'marginalia', 'loci similes') représentent des modalités bien documentées qui ont servi à mémoriser des passages littéraires. Ces procédés étaient très utiles aussi pour créer des maximes. En particulier, les gloses et citations commentant des ouvrages grâce à la fragmentation de passages plus ou moins longs tirés d’auteurs différents prenaient la valeur de maximes même si transcrites de façon anonyme. Ce procédé rendait emphatique le signifié des concepts que les gloses mettaient en relief. En même temps, il transformait les fragments en formules proverbiales, d’autant plus si les passages utilisés étaient déjà chargés d’une longue vie de tradition. Le procédé donnait également vie à des genres littéraires nouveaux et à des ouvrages qui avaient pour titres les noms même que les anciens érudits attribuaient à ce genre de publication. La culture latine a servi peut-être plus que les autres à cette finalité. Ses lexiques et ses dictionnaires pouvaient être intégrés dans ce genre (sous des formes différentes, bien sûr, et avec des finalités propres). Le fait que l’on réimprimait continuellement les anciens qui, à leur tour, avaient écrit des recueils d’apophtegmes a également beaucoup joué. Grâce à leur utilité pratique, ces recueils ont petit à petit pris position à l’intérieur des genres littéraires les plus variés (poésie épique, lyrique ou satirique, théâtre comique ou tragique, romans et nouvelles, lettres, traités didactiques, controverses politiques ou religieuses, etc.). Cet article est consacré aux gloses survécues dans certaines copies de l’ 'editio princeps' du 'De reditu suo' de Rutilius Namatianus (Bologne, 1520), qui servent pour mieux exemplifier le procédé et pour montrer que les catégories esthétiques les plus opérantes pour caractériser le genre sont les catégories anciennes, en particulier la 'brevitas', la 'varietas', la 'copia', la 'concinnitas', l’ 'auctoritas' et l’ 'imitatio'. Leurs auteurs sont des humanistes anonymes qui ont accompagné le texte rutilien de vers appartenant à d’autres ouvrages latins qui leur ont paru très semblables aux concepts exprimés par Rutilius. Ils n’ont signalé ni les titres des ouvrages utilisés ni les noms de leurs auteurs parce qu’il s’agissait de vers très connus et qui avaient déjà une longue vie de tradition. La fragmentation anonyme montre que les citations étaient considérées comme des idées de valeur universelle, même quand les glossateurs ont réduit ces citations en hémistiches
Tradition et Créativité dans les formes gnomiques en Italie et en Europe du Nord (XIVe-XVIIe siècles). Etudes réunies par Perrine Galand, Gino Ruozzi, Sabine Verhulst, Jean Vignes
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A. Maranini
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