La mixité sociale et interethnique des cités dans les banlieues françaises a conduit à la création d’un nouveau langage appelé français contemporain des cités. Constitué d’un mixage surprenant d’argot, de verlan, d’emprunts aux langues arabes et tziganes, ce parler codé est devenu un langage littéraire de plus en plus exploité par de nombreux écrivains. Il suffit de penser, en ce tournant du nouveau millénaire, aux ouvrages de Faïza Guène, de Mabrouck Rachedi ou de Rachid Djaïdani. C’est dans un univers suburbain cruel et poétique, craint et fantasmé, que ces auteurs nous invitent à pénétrer. Par le biais des traductions, leur «invitation» commence à dépasser les frontières de l’Hexagone. Et pourtant, la question se pose: comment traduire un langage qui se veut cryptique et qui résiste donc, par sa nature même, au transfert ? La traduction a été définie par Umberto Eco comme une «négociation», par Pascale Casanova comme un «échange inégal», par Ortega y Gasset comme un travail «impossible». Ces définitions – on pourrait en ajouter bien d’autres – pointent toutes les difficultés qui accompagnent le traducteur dans son travail. Qui plus est, face aux textes appartenant à ce que j’ai défini dans l’introduction comme la «galaxie beur», le traducteur est confronté à un brassage linguistique – reflet d’un brassage identitaire – problématique. Il n’est pas question d’entrer ici dans le débat entre «sourcistes» et «ciblistes», pour reprendre les termes de Ladmiral, ni de voir dans ces défis une exception (l’homme est confronté depuis toujours à «l’intraduisible»); ce qui m’intéresse est plutôt de voir quelles stratégies on peut mettre en œuvre dans un contexte littéraire postcolonial hybride et de quelle manière la réflexion traductologique peut aider à éclairer les enjeux linguistiques et littéraires des auteurs. Ma contribution à ce volume s’appuie sur mon expérience en tant que traductrice italienne de quelques écrivains appartenant à la «galaxie beur». Un petit voyage dans les questions linguistiques et traductologiques que ces textes soulèvent permettra de mieux dégager certaines problématiques. Pour ce faire, je restreindrai l’analyse aux romans de Rachid Djaïdani; quelques renvois à d’autres traductions, notamment celles de Faïza Guène, permettront de mettre en résonnance différentes stratégies.

Les écrivains beurs comme "traducteurs"? Enjeux linguistiques, rituels initiatiques et défis du travail de traduction

VITALI, ILARIA
2011

Abstract

La mixité sociale et interethnique des cités dans les banlieues françaises a conduit à la création d’un nouveau langage appelé français contemporain des cités. Constitué d’un mixage surprenant d’argot, de verlan, d’emprunts aux langues arabes et tziganes, ce parler codé est devenu un langage littéraire de plus en plus exploité par de nombreux écrivains. Il suffit de penser, en ce tournant du nouveau millénaire, aux ouvrages de Faïza Guène, de Mabrouck Rachedi ou de Rachid Djaïdani. C’est dans un univers suburbain cruel et poétique, craint et fantasmé, que ces auteurs nous invitent à pénétrer. Par le biais des traductions, leur «invitation» commence à dépasser les frontières de l’Hexagone. Et pourtant, la question se pose: comment traduire un langage qui se veut cryptique et qui résiste donc, par sa nature même, au transfert ? La traduction a été définie par Umberto Eco comme une «négociation», par Pascale Casanova comme un «échange inégal», par Ortega y Gasset comme un travail «impossible». Ces définitions – on pourrait en ajouter bien d’autres – pointent toutes les difficultés qui accompagnent le traducteur dans son travail. Qui plus est, face aux textes appartenant à ce que j’ai défini dans l’introduction comme la «galaxie beur», le traducteur est confronté à un brassage linguistique – reflet d’un brassage identitaire – problématique. Il n’est pas question d’entrer ici dans le débat entre «sourcistes» et «ciblistes», pour reprendre les termes de Ladmiral, ni de voir dans ces défis une exception (l’homme est confronté depuis toujours à «l’intraduisible»); ce qui m’intéresse est plutôt de voir quelles stratégies on peut mettre en œuvre dans un contexte littéraire postcolonial hybride et de quelle manière la réflexion traductologique peut aider à éclairer les enjeux linguistiques et littéraires des auteurs. Ma contribution à ce volume s’appuie sur mon expérience en tant que traductrice italienne de quelques écrivains appartenant à la «galaxie beur». Un petit voyage dans les questions linguistiques et traductologiques que ces textes soulèvent permettra de mieux dégager certaines problématiques. Pour ce faire, je restreindrai l’analyse aux romans de Rachid Djaïdani; quelques renvois à d’autres traductions, notamment celles de Faïza Guène, permettront de mettre en résonnance différentes stratégies.
Intrangers (tome II). Littérature beur, de l'écriture à la traduction
155
184
I. Vitali
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